Le deuxième pilier, ou la prévoyance professionnelle

Tout le monde sait ce que c’est, personne ne sait ce qu’il y a dedans.

Avec l’AVS, c’est l’autre grand acteur de la retraite en Suisse. Son but avoué est de venir compléter le 1er pilier: Comme ce-dernier ne couvre finalement que le minimum vital à la retraite, et encore, il a fallu trouver une solution pour améliorer la retraite des gens et leur permettre de limiter la casse avec la diminution des revenus une fois retraités.

Et cette solution se matérialise par la mise en place de caisses de pension, le fameux deuxième pilier: des institutions de prévoyance encadrées d’une part par la LPP, ou Loi fédérale sur la Prévoyance Professionnelle, et l’OPP2, ou Ordonnance sur la Prévoyance Professionnelle, d’autre part. Cette dernière venant affiner ou clarifier certains points de la LPP.

Et aujourd’hui en Suisse, on compte pas moins de 1300 caisses de pension assurant plus de 4 millions d’actifs et gérant un peu plus de 1200 milliards de francs. C’est vous dire l’importance économique, sociale et en fin de compte systémique de ce pilier. On comprend également pourquoi toute réforme est hautement politique et sujette à nombre de débats.

Mais comment ça marche ?

Sur le même principe que le premier pilier : des cotisations prélevées sur notre salaire brut: On distingue deux composantes au sein de ces cotisations:

  • Les contributions d’épargne, qui vont forcer à épargner jusqu’à la retraite. Contrairement à l’AVS qui réinjecte immédiatement dans le système les montants cotisés, le 2ème pilier fonctionne par capitalisation: En gros les cotisations viennent alimenter une tirelire, un avoir de vieillesse personnel, qui va grossir au fil du temps et que l’on pourra convertir en rente viagère selon un taux de conversion déterminé ou le récupérer sous forme de capital une fois qu’on arrive à la retraite.
  • Les contributions de risque: C’est la composante assurance de la LPP. Quand on est affilié à une caisse de pension, on se protège soi et sa famille contre les risques d’invalidité et de décès via des rentes d’invalide ou de veuves/veufs et parfois des capitaux-décès.

Qui cotise ?

En 2026, L’affiliation est obligatoire à partir d’un salaire de CHF 22’680 — le seuil d’entrée — et dans ce cas les cotisations sont versées à parts égales entre l’employé et l’employeur.

Elle est facultative pour les indépendants en raison individuelle et dans ce cas ils s’acquittent des cotisations dans leur ensemble.

On a également le tiers cotisant: Les caisses de pension ne restent pas assises bêtement sur l’argent qui leur est confié: Afin de tenir leurs engagements pour la retraite et/ou le risque, elle investissent ces fonds considérables afin de générer des rendements et plus ou moins les redistribuer à leurs affiliés pour venir grossir l’avoir de vieillesse.

Je dis plus ou moins car cela dépend de nombreux facteurs: caisse complète, semi-autonome, autonome, régime obligatoire ou surobligatoire,… Mais ça on y arrive.

Obligatoire vs surobligatoire

Je vous disais un peu plus haut que la LPP encadrait le fonctionnement des caisses de pension et c’est de cela qu’on parle quand on évoque le régime obligatoire: Elles ne peuvent pas faire ce qu’elles veulent, ou en tout cas doivent respecter des standards, ou des exigences, minimums. C’est aussi pour cela que vous entendrez beaucoup parler de minimum LPP dès qu’on parlera de 2ème pilier.

Et à quoi correspondent ces minimums LPP ? Attention on a pas le choix que d’être un peu technique ici (chiffres 2026):

  • Seuil d’entrée de CHF 22’680 ;
  • Plafond du salaire AVS de CHF 90’720 ;
  • Déduction de coordination de CHF 26’460 ;
  • Salaire maximal assuré, ou coordonné, de CHF 64’260 ;
  • cotisations d’épargne en % du salaire assuré en fonction de l’âge (moitié-moitié avec l’employeur):
    • 7% entre 25 et 34 ans
    • 10% entre 35 et 44 ans
    • 15% entre 45 et 54 ans
    • 18% jusqu’à la retraite
  • Rendement annuel minimum de 1.25% sur l’avoir de vieillesse (fixé chaque année par le Conseil fédéral ;
  • Taux de conversion de 6.8%, fixé dans la loi, pour échanger son avoir de vieillesse contre une rente.

Prenons un exemple: Monsieur Lumo, 37 ans, est cadre dans une société qui fabrique des jouets pour chats et touche un salaire annuel de CHF 100’000. Lors de la création de l’entreprise il y a bien des années, le dirigeant a fait le choix d’une caisse de pension aux minimums LPP par souci d’économies et n’a jamais revu cette solution depuis.

Concrètement cela nous permet de savoir que malgré son salaire la caisse ne retiendra que CHF 90’720 duquel elle va soustraire la déduction de coordination (ça correspond à la part du salaire déjà couverte, en théorie, par le 1er pilier).

En fin de compte Monsieur Lumo ne cotisera que CHF 6426 dans sa caisse pour l’année en cours (10% de CHF64’260).

Cependant les caisses de pensions sont certes obligées de respecter les minimums légaux, mais elles peuvent aller au-delà de la loi. Et c’est là que ça devient intéressant et c’est ça qu’on appelle le surobligatoire ; avec comme options :

  • Déplafonner le salaire assuré ;
  • Retirer la déduction de coordination (ou l’adapter au temps de travail) ;
  • Augmenter les cotisations d’épargne ;
  • mieux rémunérer les avoirs de vieillesses ;
  • Modifier le taux de conversion pour la partie surobligatoire
  • etc.

Tant que les minimums LPP sont respectés, elle peut implémenter d’autres choses autour.

En reprenant l’exemple de Monsieur Lumo, les changements peuvent être massifs: Après avoir parcouru TruePension, il en a parlé avec le dirigeant avec qui il s’entend bien. Ce-dernier a apprécié ce feedback et a donc fait implémenter les changements suivants au niveau de la caisse: déplafonnement du salaire, suppression de la déduction de coordination.

Désormais Monsieur Lumo pourra cotiser en plein sur son salaire, soit CHF 10’000 par an, ce qui peut faire une différence notable sur le long terme et la retraite.